mercredi 30 juillet 2014

Chronique #145 : Antigone de Jean Anouilh

 
Titre : Antigone
Auteur : Jean Anouilh
Edition : La petite vermillon
Nombre de pages : 123
 
Résumé : L'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouages. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.
 
Mon avis : Cette réécriture de l'Antigone de Sophocle est une petite merveille ! J'avais déjà beaucoup aimé le texte de Sophocle mais j'ai préféré celui d'Anouilh. Je vous invite à consulter mon avis de la pièce de Sophocle en cliquant ici. Vous pourrez également y découvrir l'histoire de la pièce et une explication détaillée de la tragédie de la famille des Labdacides.
 
Même si Anouilh respecte certaines règles du théâtre classique (comme l'unité d'action), il apporte des modifications à l'histoire, notamment au niveau des personnages. Tout d'abord, Antigone accomplit son acte de révolte mais peine à en trouver la raison véritable. On peut émettre alors plusieurs hypothèses. S'agit-il de la piété filiale ? Non puisqu'elle-même qualifie le rituel d'absurde. S'agit-il alors d'affirmer sa volonté propre comme elle le suggère ? Non puisque cette raison perd de sa force après que Créon lui a brossé un portrait peu flatteur de Polynice et Etéocle. S'agit-il de refuser une conception d'un bonheur étriqué et d'affirmer un idéal d'absolu ? Non plus puisqu'au seuil de la mort, Antigone ne peut s'empêcher d'exprimer son désarroi, ses doutes, par rapport à sa volonté de mourir. Les motivations de la révolte de la jeune fille sont donc multipliées en même temps qu'aucune n'apparaît véritablement assurée. Par ailleurs, chez Sophocle, la mort d'Antigone est doublement signifiante, un sens politique et moral. Chez Anouilh, la mort d'Antigone se retrouve privée de ces deux sens puisque l'héroïne elle-même reconnaît son échec à trouver un sens à sa mort ; quand au sens de la malédiction, il est aussi très affaibli puisque la part de la transcendance est réduite à son maximum. J'ai beaucoup ces changements au niveau d'Antigone car elle apparaît beaucoup plus humaine et plus fragile. Ces hésitations sont légitimes et j'ai apprécié la voir se questionner.
 
Par ailleurs, Anouilh a rajouté les personnages des gardes. C'est une très bonne idée selon moi car ils apportent un peu de légèreté à la pièce, ils participent au comique de la pièce et donc au mélange des registres. En parlant de mélange de registres, on retrouve un langage courant voire familier dans la pièce. Cela permet d'inscrire la pièce dans son époque et de "réactualiser" en quelque sorte le mythe.
 
Cette réécriture est donc une totale réussite selon moi ! Les ajouts, les retraits et les modifications de Jean Anouilh sont réussis et très bien pensés. Par ailleurs, on comprend un sens nouveau derrière la pièce, un monde devenu absurde, où plus rien ne rime à quelque chose, comme la décision d'Antigone de mourir sans réellement savoir pourquoi.
 
Ma note :
 
 
 
"La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-là. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote assis au soleil."

6 commentaires:

  1. Pour ma part, j'ai été super déçue par cette pièce et ne l'ai pas apprécié. C'était pour moi baclé et trop rapide... Dommage !

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    1. Je peux comprendre ton sentiment mais je pense que l'année prochaine, tu comprendras le but de l'auteur car cette impression d'une pièce "bâclée" trouve son origine dans les convictions de l'auteur et d'un monde absurde... Vivement la première L ;)

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  2. En lisant la pièce je n'avais pas mis les mots sur l'absurde tourmentée qui règne grâce à toi ça prend encore plus de sens cette pièce que j'avais adoré, choyé, enfin bref elle m'avait énormément touchée !

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    1. Je suis super heureuse de t'avoir aidé alors :D

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  3. J'avais adoré cette réécriture d'Antigone que j'ai découverte pour la première fois au lycée. Encore aujourd'hui et même si je ne suis pas spécialement fan du genre, ça reste l'une de mes oeuvres préférées :)

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